7 avril 2010

Tout l'univers dans un grain de sable


L’astrophysicien Trinh Xuan Thuan a publié tout récemment un Dictionnaire amoureux du Ciel et des Étoiles chez Plon/Fayard. Ce dictionnaire contient, entre autres, une entrée fort intéressante sur le rapport entre « Science et Poésie ». Il se pose cette question : « En essayant de trop comprendre et de tout rationaliser, ne risquons-nous pas de tuer toute beauté et poésie? » Nous pourrions rajouter : « Est-ce que le langage scientifique conduit par un état d’esprit rationnel n’est pas en train de réduire la vie à son seul aspect quantitatif ou utilitaire? »

L’astrophysicien cite le poète John Keats (1795-1821) :

« Tous les charmes ne s’envolent-ils pas

Au simple contact de la froide philosophie? (la science)

Il y eut un majestueux arc-en-ciel dans le ciel :

En connaissant sa nature et sa texture

Nous le réduisons à une chose ordinaire.

La philosophie coupe les ailes des anges;

En conquérant tous les mystères,

Elle vide l’air des fantômes et les mines des gnomes,

Et détruit l’arc-en-ciel. »

Je me souviens avoir suivi un camion-citerne de lait lors d’une ballade en campagne, il y a plusieurs années. Derrière le camion, en grosses lettres, il y avait ces mots : « Boire du lait, c’est se fleurir l’intérieur! » Je sais c’est un slogan publicitaire. Néanmoins, il contient un aspect poétique, une évocation qui nous touche en quelques mots plus que si nous utilisions le seul langage scientifique. Par exemple : boire du lait, c’est se nourrir d’une bonne source de vitamine D et de calcium, nutriments nécessaires à la croissance des os et des dents des enfants, etc.

Laquelle des deux approches préférons-nous?

Elles ne doivent pas pourtant pas s’exclure. Elles sont essentielles pour le bien-être extérieur et intérieur de l’homme. Séparées, elles doivent accepter leurs déficiences. Ensemble, elles nous aident à rejoindre une globalité, à ressentir qu’il y a interdépendance en toutes choses.

L’auteur, étant lui-même un scientifique de grand renom, insiste cependant en nous disant que pour se connecter au monde il n’y a pas que la science, il n’y a pas que la raison. Trop de mystères, trop de beauté et de poésie en seraient balayées.

« Voir un univers dans un grain de sable

Et un paradis dans une fleur sauvage,

Tenir l’infini dans la paume de la main,

Et l’éternité dans une heure. »

Trinh Xuan Thuan cite ce poème de William Blake écrit en 1803. Il décrit magnifiquement cette réalité qui nous englobe. Il préfigure ce que de nombreux chercheurs ne peuvent que constater dorénavant : tout se tient dans l’univers, tout ne fait qu’un.

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