15 mars 2012

La vérité du monde...


« Les chants des oiseaux et des insectes transmettent sans paroles la loi de l’univers. 
Les couleurs des fleurs et des feuilles enseignent sans écrits la vérité du monde. » 


Hong Zicheng – Philosophe chinois – 1572 - 1620 




11 mars 2012

Sentir son mal


"Un médecin vient voir un malade, il lui dit : « Vous avez la fièvre, abstenez-vous pour aujourd'hui de toute nourriture, et ne buvez que de l'eau. » Le malade le croit, le remercie et le paie. Un philosophe dit à un ignorant : « Vos désirs sont déréglés, vos craintes sont basses et serviles, et vous n'avez que de fausses opinions. » Celui-ci s'en va tout en colère, et dit qu'on l'a insulté. D'où vient cette différence ? C'est que le malade sent son mal, et que l'ignorant ne sent pas le sien." 

Entretiens, Livre II, XXXV. Épictète

8 mars 2012

Pessoa


Je me sens né à chaque instant
à l'éternelle nouveauté du Monde...
[...]
Le Monde ne s'est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c'est avoir mal aux yeux)
mais pour que nous le regardions avec un sentiment d'accord...
……..
Aimer, c'est l'innocence éternelle,
et l'unique innocence est de ne pas penser.
……….
Le seul mystère, c'est qu'il y ait des gens pour penser au mystère.
……….
L'unique signification intime des choses,
c'est le fait qu'elles n'aient aucune intime signification.
……….
les choses n'ont pas de signification : elles ont une existence.
Les choses sont l'unique sens occulte des choses.
……….
Passe, oiseau, passe, et apprends-moi à passer !



(Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes, trad. Armand Guibert, ,nrf Poésie/Gallimard)


Fernando Pessoa
1888-1935


3 mars 2012

Le mammouth


Pour vous donner une idée du genre d’homme qu’est Serge Bouchard, voici un extrait tiré de son dernier livre : C’était au temps des mammouths laineux aux Éditions Boréal. Quel titre quand même…!

« C’est dans la symphonie domestique que se terre le sens profond de nos vies. La platitude nous la fuyons comme si la fuite était possible. Alors qu’il est clair que la fuite est impossible. Ce qu’il nous est possible de conserver, de cultiver, c’est notre sens de l’émerveillement. Alors le goût de fuir s’estompe, quand tout nous émeut dans l’apparente insignifiance des choses. Pas besoin d’un panda dans ma mire pour faire ma journée. Pas besoin de Capri pour mourir. Je ne viendrai jamais à bout d’épuiser la richesse des merveilles de ma propre cour. »

2 mars 2012

"Tinta-marre" de la grande cacophonie.


J’ai devant moi le billet retentissant de Denise Bombardier que j’ai découpé du Devoir le 26/02/2012. Madame Bombardier est indignée, et c’est peu dire. Elle nous fait une de ses montées de lait qui vaut le détour, du genre dont elle nous a déjà habitués auparavant. Je crois tout de même que nous devons la lire avec attention et respect. Le titre : Marre!

Comme un grand "chant d’épuration…"

Je ne vais pas énumérer ce qui la hérisse. Elle l’énonce clairement, beaucoup mieux que je pourrais le faire. Je suis en tout point d’accord avec elle, mais je ne veux pas en rajouter. Je retiens tout de même sa ferveur, son intensité et surtout ce final qui en donne la raison : « Eh bien, c’est parce que j’aime cette terre où je suis née de tout mon cœur et de tout mon esprit que j’en aurai encore et longtemps marre de la tentative d’abêtissement et de rapetissement de la société par des douaniers autoproclamés. »

N’empêche. Il m’arrive de penser que l’envie d’en découdre avec l’autre (les gens, la population…) est plus forte que nous, et qu’au prélude de solutions envisagées à divers problèmes cet « autre » porte toujours une lourde responsabilité sur ses épaules.

Depuis peu, je ne cesse d’entendre une petite phrase sibylline qui se déroule tout en délicatesse sur le pourtour de ma conscience. Elle apparaît en douceur, de toute évidence afin de ménager ma susceptibilité. Elle me dit ceci : « Ne prend pas de chance, cesse de penser ».

Ouch!

Facile à dire. Penser demeure en quelque sorte notre seconde nature à tous. Quant à moi, j’aime bien me raconter des histoires, me donner le beau rôle, m’en faire accroire et m’apitoyer sur mon sort, si ce n’est créer mes propres peurs de toutes pièces. Le flot d’images et de pensées circule en continu tel un récit dont je perds parfois le contrôle. D’où cette petite voix qui m’exhorte de faire attention : « Ne perd pas le fil, économise ton énergie, envisage une écologie de ton monde intérieur, car là aussi la pollution par le bruit existe et c’est même elle qui finit par se répercuter à l’extérieur par des hauts cris ».

Il y a beaucoup de bruits, dans les médias, à la télé, il faut l’admettre. Et Madame Bombardier ne fait que nous le souligner… en criant. Mais comment faire autrement si on veut se faire entendre?

Si d’aventure je persiste à penser, il le faut bien puisque j’écris, je me dis qu’il est toujours permis (est-ce la dernière des libertés?) et possible de m’éloigner des généralités, systèmes de croyances et idées à la mode. Et surtout, je me dis (quelque chose me dit) que je dois faire attention pour ne pas m’enliser, peut-être par découragement ou facilité, dans le trivial, le rabattu, les canulars, l’humour bitch et carnassier, parce que, de toute façon, il n’y a plus rien à croire dans ce monde de plus en plus complexe, que tout se vaut et que nous pouvons dire n’importe quoi.

En sixième année, à l’élémentaire, j’ai eu un dirigeant de chorale qui m’a beaucoup impressionné. C’était un professeur à l’école que je fréquentais. Deux fois semaine, nous nous rassemblions dans la grande salle, une trentaine d’écoliers comme moi, pour pratiquer le chant en vue d’un spectacle de fin d’année. Je me souviens qu’il nous rappelait constamment de garder la note jusqu’à la fin du couplet et du refrain à travailler. Il aimait chanter et il ne se privait pas de nous donner l’exemple. Il l’étirait. Un jour, un élève lui dit qu’il avait une belle voix. Il répondit spontanément que ce n’était pas vraiment le cas. Il nous expliqua qu’il avait simplement une voix juste. Qu’il tenait la note. De sorte qu’une grâce et une beauté jaillissaient de lui, tout naturellement.

À l’évidence, nous aimons chanter. Et, tant qu’à faire, pourquoi pas publiquement! Tout le monde le fait maintenant. Et la nature humaine étant ce qu’elle est, elle chante d’abord et avant tout son mécontentement et sa réprobation. Mais voilà, si nous sommes sensibles et avons l’oreille, comment ne pas déceler un bruit sans pareil à tout instant autour de nous?

Savons-nous chanter juste? C’est la question. Chanter ne va pas de soi, demande un long travail, un travail de minutie, de retenue même. Et comme le laisse entendre si bien Denise Bombardier, je ne suis pas certain que se faire écorcher les oreilles à tout instant demeure une expérience appréciable. Mais comment le signifier à travers tout ce bruit de fond? Comment attirer l’attention tout en conservant le ton juste? En n’oubliant pas, qu’en nous-mêmes, il y a beaucoup de bruit aussi.

Comment penser et dire juste alors qu’une grande cacophonie nous enterre?   

22 février 2012

Les mots (7)


Cheveux :
Se décline au pluriel de prime abord. Un seul ne peut prétendre qu’à un triste baptême dans une soupe qui refroidit. Entremêlés, il se passe une sorte de miracle. Ils ondulent, frisent, se hérissent ou tombent selon leurs caprices ou le nôtre. Ils nous personnalisent. Et rien ne pourra rivaliser avec les longs cheveux d’or d’une princesse inconnue.

Île :
Pourquoi serait-elle déserte? Mon île, bien que sauvage, serait habitée de tous les oiseaux de la terre, chats, chiens et de quelques musiciens; serait dessinée de sources d’eau pure, montagnes et champignons, et d’un poète chantant les louanges de la solitude et du silence dans ses ballades, pieds nus, en bordure de l’océan.

Poivre :
Finement broyé dans un mortier, c’est son parfum qui envoûte. On dit qu’il valait son pesant d’or durant l’antiquité. Si c’était le cas encore aujourd’hui, je serais millionnaire. Une chose est certaine, il ajoutera toujours une richesse en saveur à maints aliments pauvres de goût.

Fenêtre :
Absorbe le temps, la lumière et l’imprévu du monde. Plusieurs fois, la nuit, je la traverse pour me retrouver dans d’autres univers. Sans cesse elle me fait des clins d’œil et, grâce à elle, je débouche sur des explorations insensées. La fenêtre ouvre le passage vers la clarté et le désir de croître.

Soleil :
On ne se lasse jamais de sa bouille radieuse. Imaginez sa disparition… Le soleil est le complément de la vie, placé juste à la bonne hauteur. Il a pour mission de suivre notre rythme : nous nous couchons dans ses bras, nous nous levons à ses pieds. J’aimerais donc dire que nous sommes des enfants de la lumière…
  
Danse :
La danse folle et improvisée du monde ne parviendra jamais à diminuer et enlaidir les délicieux pas de deux dont se jouent les amants véritables.



12 février 2012

Prenez garde!


Un texte remarquable puisé je ne me souviens où. Il ne date pas d’hier, mais il est on ne peut plus actuel. J’aurais aimé l’écrire moi-même…

« Prenez garde! Tâchez d’être heureux!

Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence. Dites doucement et clairement votre vérité. Et écoutez les autres, même le simple d’esprit et l’ignorant, ils ont eux aussi leur histoire… Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements : véritables possessions dans les prospérités changeantes du temps. Le monde est plein de fourberies, mais ne soyez pas aveugles en ce qui concerne la vertu qui existe : plusieurs individus recherchent les grands idéaux, et partout la vie est remplie d’héroïsme. Soyez vous-même. Surtout, n’affectez pas l’amitié; non plus, ne soyez cynique en amour, car il est en face de toute stérilité et de tout désenchantement aussi éternel que l’herbe. Fortifiez une puissance d’esprit pour vous protégez en cas de malheur soudain, mais ne vous chagrinez pas de vos chimères. De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude. Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles. Vous avez le droit d’être ici.

Prenez garde! Tâchez d’être heureux! »

Anonyme, 1692.

Leonard Koan


À un journaliste qui lui demandait pourquoi il s'intéresse autant à la mort, Leonard Cohen aurait répliqué : «Je suis parvenu, à contrecœur, à la conclusion que j'allais mourir, et cette possibilité amène quelques réflexions».


10 février 2012

Docteur ès scatologie


Nous sommes en crise, mesdames et messieurs! Nous sommes dans la merde! Le climat est déréglé, l’économie et la finance n’arrêtent plus de vaciller, des épidémies nous menacent. Bref, tout ne va pas pour le mieux et plusieurs ne se privent pas de nous asséner avertissement sur avertissement, comme dans un sursaut inégalé de clairvoyance. Voyez ces penseurs et scientifiques tels H. Reeves et A. Jacquard qui nous somment de nous réveiller, sinon ce sera la fin de l’humanité dans une cinquantaine d’années, tout au plus. À une émission télé de grande écoute, J. Languirand nous serine le même message de réjouissance, le doigt en l’air, en claironnant qu’il a des contacts lui et qu’il sait hors de tout doute ce qui s’en vient pour nous, pauvres mortels.

Les marchands de peur ont changé de peau. Avant ils se drapaient d’oripeaux divins, prophétisant fins du monde et apocalypses à tour de bras, surtout en croix, les genoux par terre de préférence, en nous intimant de faire pénitence comme eux. Maintenant ils s’habillent d’apparats scientifiques, ils ont tout calculé, tout étudié, tout prévu, et leurs constats savants n’ont rien de lendemains qui chantent ou d’avenir radieux.

Je sais, j’ironise. Je trace à gros traits et je me moque de ceux qui s’exécutent sans vergogne et que nous lisons ou écoutons religieusement. Mais est-ce que savoir et être conscient et lucide c’est prétendument et certainement toujours prévoir le pire? Ne faut-il pas reconnaître aussi une position plus que confortable à tous ces penseurs de l’imbuvable : s’ils se trompent c’est le statu quo ou mieux, un changement positif? Leur bonne conscience se voit ainsi préservée. « On s’est fourvoyé, c’est tout! »

Je ne suis pas un optimiste né, beaucoup de situation et de comportements m’exaspèrent. Il y a bien des fois où je ne comprends plus rien et suis désemparé. N’empêche, je me dis que la vie et cette réalité-là, celle devant nous, a toujours eu sa part de chaos et de changements inattendus, qu’il en est ainsi depuis toujours, c’est comme ça, et qu’il serait peut-être temps d’apprendre à accepter le non-sens et tout ce désordre puisqu’il semble que ce soit l’essence du monde et sa saveur.

Reconnaissons tout de même des effets pervers à voir et affirmer le pire. (i) Aussi bien en profiter puisque la fin approche, on dilapide tout, on s’enrichit de manière obscène en se fichant des conséquences. (ii) Inquiets et morts de peur, figés par l’angoisse, nous tombons malades et en dépression plus souvent qu’à notre tour. (iii) L’homme occidental vit dans la culpabilité, car il entend constamment que sa richesse est la cause première de la pauvreté du reste du monde. Il ne peut pas vivre heureux aux dépens des autres, c’est clair.

Dieu que ça va mal et que le monde ne tourne pas rond! C’est vrai puisque les médias nous le montrent aussi un million de fois par jour. Ils vocifèrent et crachent le morceau pour que nous soyons bien sûrs de comprendre et d’admettre enfin la vérité : vivre est dangereux! Il y a plein de gens malhonnêtes qui nous entourent, nous baignons dans une soupe caustique remplie de virus mortels, des compteurs électriques dits intelligents dégagent des ondes malfaisantes, les coffres de notre régie des rentes seront à sec en 2035, pas une année de plus, certain!

Heureusement que nous avons encore des yeux pour voir et constater par nous-mêmes directement, sans intermédiaire, le strict déroulement des choses, sans nous raconter d’histoires. C’est bien dommage pour la confrérie des marchands de peurs, d’illusions et de rêves, mais il est quand même permis de penser que la réalité est beaucoup plus prosaïque et terre-à-terre qu’ils nous le disent. Je vais donc dans le sens de ce qu’affirme Ryszard Kapuscinski dans Autoportrait d’un reporter : « Les médias ont créé une vision du monde très politique, chaotique et totalement déconnectée de la longue durée, autrement dit des institutions sociales, des attitudes, des mentalités et des préoccupations des gens simples qui constituent 90% de toute société. »

Je suis enfin d’avis qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, un illustre inconnu qui travaille seul, « dans son garage », à chercher, inventer, créer un bidule, un truc, une patente qui nous permettra d’améliorer notre sort à tous, du moins le rendre acceptable sans que nous soyons constamment aux prises avec des conflits interminables de visions et d’idéologies trop souvent déconnectés de la vie.

C’est la déesse créativité qui nous maintient éveillés. L’imagination, cette folle du logis, contribue à freiner la violence, car elle supporte l’art de se mettre à la place de l’autre et permet d’entrevoir quelques solutions jamais envisagées auparavant. Donnez-moi à choisir entre l’imagination et la volonté, la première gagnera mon assentiment, à coup sûr. La seconde pèche trop souvent par l’envie de dire non (je ne veux pas, je ne veux plus) de manière exclusive. Et entraîne la mort… Fatalement.  


8 février 2012

Golden hands


Le corps adore se faire toucher. Il adore se faire malaxer, effleurer, triturer, palper et frictionner. Le corps a ses douleurs, ses indispositions et tensions qui finissent par le rendre plus lourd et inconfortable qu’il n’est en réalité. Il a aussi ses besoins. Il a besoin de soins et de se sentir important, unique, comme un sanctuaire qu’il faut respecter et protéger.

Reste que nous vivons malheureusement dans cette mentalité où le toucher conserve encore ce petit quelque chose d’interdit ou d’équivoque et même de déplacé. La massothérapie doit manœuvrer à travers ce constat qui peut devenir affligeant pour ceux et celles qui ne sont pas à l’aise avec le toucher.

Photo: Johane Trahan
C’est la première fois qui compte. S’abandonner tout nu, allongé sur une table ne va pas de soi. C’est comme redevenir un bébé. Et puis il faut tout oublier de ses peurs, accepter sa vulnérabilité en fait. Ce premier obstacle franchi, vous êtes en voiture…

Je suis celui qui reçoit de ces soins. Et en redemande. Que voulez-vous j’ai des tensions et entre régulièrement dans mes douleurs accablantes. Je ne puis dissimuler aussi ce plaisir à sentir ces mains et ces coudes qui travaillent pour moi, pour extirper un mal qui se localise de manière insidieuse en des endroits que je ne soupçonnais même pas. Ce plaisir n’a rien de honteux. Je ne parle pas de sexe ici, je parle d’un art, d’une science de la manipulation du corps qui veut notre bien et nous fait du bien. Et nous en avons grand besoin.

Si un doute persiste encore sur les bienfaits de la massothérapie, je vous renvoie à cette nouvelle parue sur le site de Radio-Canada le 1er février 2012. En ce qui me concerne, la science n’a plus besoin de me prouver quoi que ce soit en ce domaine.

Folie de la saggesse


"S’il n’y avait cette angoisse, cette folie, cette horreur, aurions-nous besoin de sagesse?"
André Comte-Sponville


31 janvier 2012

Astres


"De deux choses lune 
l'autre c'est le soleil."      

Prévert

27 janvier 2012

Rire


« Pour un auteur d'ouvrages de philosophie, le principal consiste à croire qu'il déboule tout droit de l'absolu. L'humour crée un décalage alors que le sérieux est pontifical. L'humour conjure la tentation de se prendre au sérieux et d'être pris au sérieux. Dans Le Nom de la Rose d'Umberto Eco, je me sens proche de Guillaume de Baskerville qui lance à Jorge : « Vous êtes le diable, la foi sans sourire, c'est-à-dire la vérité qui n'est jamais effleurée par le doute. » Je me moque d'une métaphysique effrayante par l'impression qu'elle donne d'être lourde. Je voudrais qu'elle soit accessible. Je souhaite que ceux qui me lisent aperçoivent une lumière, découvrent une espérance. Vladimir Jankélévitch dont je fus l'un des assistants, ne cessait de le pratiquer. Quant on rit, on peut entrevoir. Autrement, on s'arrange pour voir. » 
Lucien Jerphagnon


25 janvier 2012

En fou ! Jeu !

Je me suis posé cette question : est-ce que tout est risible? Si oui, pourquoi cette indécrottable tendance à tout prendre au sérieux?

C’est une affaire sérieuse…

Un proverbe de la tradition juive nous dit ceci : "L’homme pense, Dieu rit !" Milan Kundera trouve ce proverbe admirable : « L’homme pense et la vérité lui échappe, nous dit-il, et plus les hommes pensent, plus la pensée de l’un s’éloigne de l’autre. »

Le plus risible est d’abord soi-même. Je me dois de me protéger de mes travers, de mes ambitions, de mes certitudes et mes peurs. Pour ne pas trop m’abimer, je me suis alors inventé un jeu. J’adore jouer. Ce n’est pas juste une détente, c’est pour moi un état d’esprit à cultiver, une aptitude à capter la trivialité des choses et les virer de bord. Le jeu consiste donc à me demander constamment : est-ce que tu te vois aller? Est-ce que tu t’appartiens? Est-ce que tu reconnais avoir pensé ceci ou cela? Pour la bonne raison qu’un sombre penchant m’entraine généralement en direction d’une paresse rédhibitoire qui ne se lasse jamais de me susurrer des mots doux, pour la bonne raison aussi que je ne peux m’empêcher de répéter ce que j’entends et recueille au fil de mes lectures, et pour la bonne raison finalement qu’il m’est difficile de ne pas me ranger derrière une autorité reconnue lorsque vient le temps de répondre à certaines questions.

Croyez-moi le jeu en vaut la chandelle.

Kundera nous dit avec beaucoup d’à propos : « L’art inspiré par le rire de Dieu est, par son essence, non pas tributaire mais contradicteur des certitudes idéologiques. À l’instar de Pénélope, il défait pendant la nuit la tapisserie que des théologiens, des philosophes, des savants ont ourdie la veille. »

Cette idée ne manque pas d’audace. L’auteur en fait son leitmotiv en ce qui concerne l’art du roman. Peut-on l’extrapoler pour ce qui touche la vie dans son ensemble? Je ne le sais pas.

Jouer c’est pour beaucoup se jouer du risque. Il y a comme un élément de folie à tenir en compte. Jouer la vie avec bonheur demeure-t-il donc possible? Surtout que la règle première stipule que nous n’en sortirons pas vivants… Je ne peux que répondre pour moi. Car il serait risible d’affirmer que tout ça est clair et que tous, d’une même voix, devrions entonner la même antienne. Ce serait me contredire et me prendre franchement au sérieux...

Errer ou non


« Une erreur n'est pas une vérité parce qu'elle est partagée par beaucoup de gens,
tout comme une vérité n'est pas fausse parce qu'elle est émise par un seul individu. »
Gandhi

23 janvier 2012

Vies et morts d'Auguste Flocon


Je l’ai déjà dit : nos hivers sont longs, d’un froid féroce et de la couleur de la nudité. Demandez à n’importe quel voyageur provenant d’un peu plus au sud, il vous le soulignera en long et en large : ça donne un coup au plexus! Il y a contraction, il y a un choc. Et en ce qui me concerne, malgré l’habitude et des décennies d’acclimatation, le choc demeure.

C’est un avertissement. Nos hivers annoncent une mort qui approche toujours à la même période. Je ne m’habitue jamais à cette mort. Pourtant, elle préfigure une renaissance aussi, une renaissance dans la gloire d’une nouvelle chaleur généreuse, un retentissement à coup de trompettes et clairons.

Le plus grand bienfait de nos hivers, c’est d’y en ressortir en vainqueurs de la mort; à ne pas se cacher pour la vivre; à l’embrasser corps et âme. C’est une petite mort qui nous habitue lentement et subtilement à la grande définitive. Qui laisse planer d’autres vies…

J’ai l’air de ne pas apprécier la saison hivernale. C’est faux. Je dors mieux, je médite mieux, je pense mieux lorsque je me sais à l’abri, bien au chaud. Le monde du nord est moins assourdissant aussi puisqu’une couche de moelleux amortit le bruit extérieur.

Le feutré se décline en blanc.

En février, il y a de ça bien des années, je suis allé passer quelques jours sur une île bien connue du Saint-Laurent. À cause des glaces sur le fleuve, le seul moyen pour s’y rendre était l’avion—ça le demeure encore d’ailleurs. Avec ma douce pour compagne, j’ai arpenté un monde étrange construit de lumière blanche et d'ombres sinueuses. Nous étions seuls au monde. Le silence hurlait sa présence. Nous vîmes alors un bataillon de diables joyeux qui virevolta juste en face de nous : des bruants des neiges, par centaines. Ils exécutèrent devant nos yeux éberlués une danse folle puis déguerpirent aussi vite, comme gênés de leur performance. Plus loin un harfang s’envola vers un désert de glace avec une proie inerte dans son bec crochu.

Le temps s’était figé pour permettre ce spectacle. « Le monde veut être vu », nous dit Gaston Bachelard. L’hiver par sa lenteur suscite ces arrêts sur images. Le blanc monde grouille de vie, c’est ce qu’il nous dit malgré l’apparence de mort.

« Il n’y a pas vraiment de mort », me chuchote toutefois à l’oreille mon bon génie emmitouflé.   


19 janvier 2012

Simple


"L’homme est un être spirituel qui fait une expérience humaine."
T. de Chardin

18 janvier 2012

Apprendre à apprendre


Apprendre est difficile. Voyez nos enfants qui s’échinent sur un texte à lire, sur des problèmes de mathématique à résoudre. Plus tard c’est un métier à maîtriser, un sport, un art. Apprendre nous déséquilibre et nous fait désespérer de notre ignorance. C’est décourageant, c’est pénible!

Trop long, trop difficile, trop d’obstacles imprévus, les raisons de cesser l’effort d’apprentissage sont multiples. Devant cette évidence, ne deviendrait-il pas alors important d’apprendre à apprendre? Ce serait comme un art de comprendre et d’amenuiser les difficultés de l’apprentissage. Ce serait accepter de contrer l’inertie et une certaine paresse devant l’obstacle à franchir ou le problème à résoudre. Ce ne serait pas juste une question de volonté. Je verrais plutôt une exploration et une acceptation en bonne et due forme de notre insuffisance ainsi que de notre manque à combler.

Une histoire raconte qu’un moine, après lui avoir demandé comment il avait pu traverser l’Himalaya à pied du Tibet jusqu’en Inde pour fuir l’occupation chinoise et trouver refuge, aurait déclaré : « Un pas à la fois. »  Nous avons tendance à oublier que nos entreprises se construisent le plus souvent à petites doses, goutte à goutte, méticuleusement. Et il n’y a pas que le résultat obtenu qui importe, il y a aussi et surtout la persistance, l’envie du mouvement, la constance dans le « tenter quelque chose ». Rarement, en fait, obtient-on le résultat attendu et désiré, ce qui ne devrait tout de même pas brimer l’intention et l’enthousiasme du départ.

Apprendre à apprendre met l’accent sur l’attitude. Elle met l’accent sur l’expérience même d’apprendre qui est en cours. C’est l’art de « se voir aller », de se regarder faire et d’apporter les corrections nécessaires; l’art aussi d’improviser et de corriger notre tir au quart de tour si la situation l'exige. Bien intégré, le tout permet de garder l’esprit jeune et surtout de considérer notre existence entière jusqu’à notre mort comme un exercice d’apprentissage.

Apparaîtra alors, c'est à espérer, le bonheur d'apprendre... 

15 janvier 2012

Les mots (6)


Télévision :
Dérivatif puis perversion puis annihilation de l’esprit. Cependant, soyons honnête, il y a un bon gros dix pour cent de contenu correct à la télé. Le reste atteint nos neurones par accident ou distille une bouffe grasse et remplie de calories qui engendrent une obésité proportionnelle à la grandeur de l’écran plaquée au mur.

Oiseau :
Fabrication des dieux pour le pur bonheur de nos sens. Donnez-moi le choix de m’enfermer ou bien dans une cage emplie d’oiseaux ou bien une autre emplie d’êtres humains et je suis sûr que j’opterais pour la première. Le chant des oiseaux, seul, permet de retrouver le chemin oublié vers le « pays lointain ».

Horloge :
Sur la grande horloge de l'univers, un seul moment d’inscrit : « Maintenant ».

Ville :
J’aimerais chanter tout mon amour pour ma ville. Je sais, ce n’est pas Paris, New York ou Tokyo. Elle est beaucoup plus humble. Mais elle respire doucement et son cœur palpite au rythme des saisons et des gens qui l’habitent. Elle est la diversité sans l’anarchie, la beauté sans artifice. Ma ville rêve.

Pissenlit :
Essayez d’imaginer un printemps sans pissenlits. Ces particules jaunâtres maculent nos parterres sans y être invitées. Et puis! En d’autres lieux, elles sont cultivées. Ces indésirables annoncent grand, annoncent chaleur et tout le spectre des couleurs. Pissenlit mérite tout notre respect.

Prière :
Quémander nos dieux. Pourquoi? Nous avons pourtant tout ce qu’il faut pour ne pas nous blesser nous-mêmes mortellement. Prions plutôt pour une aide précieuse si notre intention est d’apporter quelques gouttelettes de vie et d’amour à cette existence qui en bien besoin.

Pied :
Je suis prêt à me mettre à genoux devant mes pieds. Contrairement à l’idée reçue, je suis même à l’aise de penser comme mes pieds. Sentir notre terre, la fouler avec honneur pour ce qu’elle nous apporte. Marcher, marcher et ressentir sa force avec ce que nous avons de plus bas. Il n’y a rien de plus élevant!



13 janvier 2012

J'écoute


Des pépites d'or brillent sur la table,
Le sel danse,
Et moi j'écoute...   

Émilie Bédard