7 novembre 2011

L'attente


Je l’avoue, je n’aime pas les salles d’attente. Pas que je suis impatient, c’est plutôt l’endroit, le lieu physique même qui m’exaspère, avec en prime cette indécrottable impression de perdre mon temps qui effleure constamment mon esprit. Une salle d’attente au bord de la mer, au pied d’une montagne, à travers la verdure d’un champ serait bien. Pas moins que ça, toutefois.

Ce matin, je suis au garage à fourbir mes armes pour affronter l’adversité. Ma voiture a besoin de soin, l’hiver arrive, il y a nécessité. J’ai donc prévu le coup et j’ai apporté de la lecture pour parer toutes éventualités.

À ma gauche, au-dessus des têtes, la télévision brandit ses images des émissions du matin, la météo, les sports, commentaires songés perçus en sourdine: réservoir de distraction où bien peu autour de moi s’alimente.

J’essaie de lire.

Une grande dame joliment vêtue surgit avec un panier rempli de friandises, plonge sa main dedans et emplit à ras bord un petit vase en verre de forme triangulaire situé sur une table basse au milieu de la place. Un petit bonbon pour passer le temps? L’Halloween a été fêtée il y a une semaine et le personnel apporte dans leur lieu de travail les excès de sucrerie qui n’iront pas dans la bouche de leurs enfants.

Deux femmes sont assises en face de moi. Elles font la lecture de livres épais comme ça. Trois jeunes hommes âgés de trente ans environ viennent se joindre à la troupe, sortent de leurs étuis leurs bidules, s’installent puis font aller leurs doigts sur l’écran minuscule de leurs gadgets. Voilà la différence fondamentale entre la femme et l’homme.

Je continue la lecture de mon livre. J’ai apporté La lenteur de Milan Kundera. À la page dix-huit dans l’édition folio, l’auteur cite le philosophe Épicure : « L’homme sage ne cherche aucune activité liée à la lutte. »

Je prends note. Attends quelques minutes puis me lève pour me dégourdir.

En passant devant le bureau d’accueil, je vois mon trousseau de clefs. Surprise, ma voiture est déjà prête!

Le temps passe vite lorsqu’il y a absence de lutte…  

  

1 commentaire:

  1. Une chance qu'on a des écrivains qui nous permettent de voir et/ou vivre autrement.
    Un merci spécial pour ce blog ...
    http://www.youtube.com/watch?v=aAavag4lQz8

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