25 octobre 2009

La clé des champs


En sortant d'un restaurant, il y a quelques années, une dame tourmentée m'aborda brusquement. Elle me demandait de l'aide, car, m'expliqua-t-elle, elle avait utilisé une mauvaise clé pour faire démarrer sa voiture. J'étais curieux de savoir comment elle s'y était prise et je m'assis alors devant le volant de son auto en lui disant que j'allais essayer de faire mon possible pour la dépanner.

Je me retenais un peu pour ne pas rire. Il y a avait effectivement une clé dans le démarreur, mais elle ne servait à rien, et elle était coincée d'aplomb. La dame me montra la bonne clé qu'elle avait dans ses mains, et j'entrepris alors d'extirper l'indésirable sans la questionner davantage.

Après avoir "zigonné" plusieurs minutes, je réussis à sortir l'intruse de sa fâcheuse position. La dame se confondit en excuses, me remercia chaleureusement puis reparti, la bonne clé à la bonne place.

Cette histoire de clés m'a longtemps troublé. Elle nous relie à l'art de voir et de connaître, à l'art aussi de pénétrer un problème, ou encore de nous diriger vers une nouvelle façon de penser ou de faire les choses.

Nous pouvons aisément utiliser le même trousseau à clés jusqu'à notre mort. Il servira fidèlement tant et aussi longtemps que l'habitude et la routine concourront à réguler notre vie. Cependant, je ne suis pas certain de la qualité et de la quantité d'apprentissages engrangés de cette manière.

Mark Twain disait :"Ce n'est pas tout ce que les gens ignorent qui pose problème; c'est tout ce qu'ils savent et qui n'est pas vrai."

Arrive un jour où il faut peut-être penser à faire le ménage dans nos clés. À laisser tomber celles qui sont devenues obsolètes, à s'en approprier de nouvelles; jusqu'à les forger nous-mêmes pour les utiliser à des fins uniques.

Voir et connaître est précieux. Se détacher aussi. Nous avons sans doute en horreur les eaux froides et abyssales des changements profonds. Rien de plus normal. Nous aimons croire à la solidité de nos certitudes. Sauf que ce confort relatif nous retient d'envisager l'inconnu avec sérénité.


23 octobre 2009

"Into the Wild"


"Non les braves gens n'aiment pas que / L'on suive une autre route qu'eux"
Georges Brassens


Dans son merveilleux film "Into the Wild"(Vers l'inconnu), Sean Penn raconte l'histoire d'un jeune homme qui, après ses études universitaires, décide de tout quitter pour tenter l'aventure et aller s'installer dans la grande nature en Alaska. Tiré d'un fait vécu, cette histoire nous dévoile les différentes péripéties qui conduisent l'individu à délaisser parents, amis et amours possibles rencontrés sur la route. Il brise tout lien et bientôt il se retrouve seul dans un camp rudimentaire dans son Alaska mythique. Son seul désir est alors de ne faire qu'un avec la grandeur, la beauté, la vérité et le silence de la nature. Il devient une sorte d'ermite. En manque de nourriture, il cueille un jour des fruits toxiques qui l'empoisonnent. Il cherche à s'en retourner vers des secours, mais il en est incapable. Son paradis se change bientôt en enfer. À la toute fin, il note dans un livre cette phrase lourde de sens : "Le bonheur n'existe que s'il est partagé."

Comment concilier partage (de bonheur, d'intérêts, de vérités, etc.) avec l'autre tout en ne renonçant pas à sa vrai nature et à aller au bout de soi pour se réaliser pleinement ? Un pont est à faire, mais comment ? Est-il seulement possible ? Cette poursuite d'authenticité et d'idéal est-elle soluble dans le bouillon gras de la société, peut-elle se fondre harmonieusement avec elle ?

Je pense que non. Mais il faut persister, quoi qu'il arrive...

Lorsque nous avons le sentiment de toucher, ne serait-ce que partiellement, une vérité ou un sens à cette vie, le réflexe normal n'est-il pas d'en discuter et le partager avec l'autre qui nous entoure ? Mais est-ce que le fardeau d'être entendu et compris incombe uniquement à celui qui communique ?

Je n'ai pas de réponses à ce questionnement.

Nous pouvons être très sévères et critiques envers nos proches, nos amis. Mais peut-on les obliger à nous comprendre ou à se mettre constamment à notre place ? Nous devons clarifier, partir de leur connu. Vient cependant un temps où un arrêt doit se faire au risque de perdre, de tout perdre de ces liens. Car nous ne sentons aucun effort.

À certains moments, la solitude me semble un passage obligé...

L'ignorance

"Nous ne dirions pas mieux les choses si nous étions collectionneurs férus de tous les mots connus des dictionnaires. Nous ne dirions pas mieux les choses, même en possédant tous les diplômes des universités de la terre. Nous ne dirions pas mieux les choses, à moins qu’elles ne soient saluées au passage par tout le respect dû à notre ignorance."

19 octobre 2009

"Légende d'automne"




Par chance, l'automne existe pour nous aider à transiter. Un prélude à une mort saisonnière.Une sorte de tampon haut en couleurs et en températures riches et variées avant le retour du grand blanc et de la grande froidure qui se profilent déjà tel un fantôme...

16 octobre 2009

L'enfance de l'art

"Qu'a t-il de si grand, de si beau ce sourire d'un enfant âgé d'à peine quelques mois ? Qu'a t-il en lui qui l'amène à produire ce formidable étalage de lumière et d'intelligence ?"

Le troupeau aveugle

"Je ne pourrais mieux imaginer l’enfer que sous les traits d’un palace où un attroupement de geignards vivent dans la peur continuelle de perdre ce qu’ils n’ont jamais gagné par leur seul effort et leur seul courage."

Bonheur factice

"La voie la plus sûre pour être malheureux est d’écouter ceux qui prétendent nous conduire au bonheur."

14 octobre 2009

Rivière de la poésie

"On ne sait pas ce qu'est la poésie. On sait juste que c'est donner son sang aux anges qui passent"
Christian Bobin, Une bibliothèque de nuages.



La ville de Trois-Rivières a le gros orteil plongé dans le fleuve Saint-Laurent et la tête appuyée sur la Saint-Maurice. Aussi bien dire une ville d'eau. Mais elle cache aussi une particularité unique.

À Trois-Rivières les murs des maisons et des édifices ont des oreilles, et aussi des bouches. Et quand des murs viennent qu'à parler, c'est que quelque chose d'important se passe. Un Festival International de la Poésie, par exemple...

J'ai parcouru la "capitale de la poésie" pour sa 25e édition et voici un petit compte rendu de ce que nous pouvons lire un peu partout sur des affiches placardées à plein d'endroits judicieux de la ville.

"Tant que j'étais là près de toi - Dans cet habitacle - Je tenais l'éternel."

"C'est une langue qui n'existe pas encore - Celle dans laquelle se parlent les amoureux - Et qui fait qu'à cet instant nous comprenons."

"Qui ne s'est pas une fois dénudé en face de la mer - Ne sait pas ce qu'est d'aimer sans masque."

"C'est dans ce nid de froment et d'étoupe que je me recommence."

"Toi et moi, îles dans la ville, sous la pluie, mis au monde."

"Une seule caresse d'elle levait un voilier d'outardes dans mes jambes."

"Vous allez à la vérité par la poésie et j'arrive à la poésie par la vérité."
Joseph Joubert (Carnets t.2, p.495, nrf/Gallimard, 1994)



13 octobre 2009

Les notes d'une même musique

Ne cède pas aux violences de l'imagination, qui font naître l'envie, le mépris, la colère. Sois en paix avec toi-même, et les autres s'accorderont à toi comme les notes d'une même musique.
(
Préceptes de vie issus de la sagesse amérindienne, p.52, Points/Sagesses n°Sa174) Jean-Paul Bourre

7 octobre 2009

Arlequin

"Ce que nous appelons "moi" est un costume d'arlequin composé d'histoires rapportées, d'étoffes empruntées. C'est un vêtement pauvre, mal cousu. Parfois il se déchire et va dans la folie, et quand il tient, c'est toujours par miracle.

Nous ne sommes soudain faits d'une seule pièce que par la chance d'une voix qui nous appelle en nous aimant.

Nommer d'amour fait venir l'unique au monde."

Christian Bobin, La présence pure.

5 octobre 2009

Tout ne fait qu'un


Loin, très loin dans le passé, il y a plusieurs millions d’années, les fleurs savaient voler dit-on. Le temps s’écoula, lentement, inexorablement, et la plupart de ces fleurs s’assagirent au point de prendre racine pour ne chercher qu’à se nourrir de sols riches et fertiles leur dispensant des bienfaits illimités. Cependant, un certain nombre des plus folâtres continua à maculer le ciel de lumières colorées et se désigna bientôt du nom de «papillon». C’est pourquoi, au retour de l’été, lorsque nous les voyons gambader en un vol erratique au-dessus des champs et des jardins puis se déposer délicatement sur les corolles des fleurs, il est permis d’imaginer que des frères et sœurs d’un même sang parfumé se sont à nouveau donné rendez-vous pour s’échanger quelques secrets merveilleux et partager le temps d’un frisson tous les délicats mystères de la vie.

* Illustration : Mathieu Plante (www.mathieupdesign.com.)

2 octobre 2009

Le serpent du rêve
























Les rêves m'étonneront toujours. À un point tel que je note soigneusement depuis des années ceux qui ressortent du lot. Qui me parlent davantage.

Les rêves sont universels (nous dormons, nous rêvons). Constatation simpliste, vous me direz ? Alors, dites-moi aussi pourquoi s'attarde-t-on si peu à ce qui semble le plus naturel chez l'homme, chez tout homme ?

Le fait est que nous n'en voyons pas d'utilité immédiate au sein de nos vies. À quoi ça sert ? Folie, élucubration, imaginaire débridé ! Nous avons bien d'autres chats à fouetter. Pas de temps à perdre ! Il faut d'abord et avant tout apprendre à "gérer" nos vies. Certains affirment même qu'ils ne se rappellent jamais de leurs rêves.

C'est pas sérieux, donc inutile, et on efface tout...

Permettez-moi d'en douter !

"Il y a un serpent qui émerge tout à coup de nulle part. Il est en face de moi, menaçant. Je ne bronche pas, je tiens le coup, puis en me penchant doucement, je me mets à lui caresser la tête pour le calmer. Il me fait alors un beau sourire -- comme seul un serpent peut le faire --."

"Encore dans le rêve, je me fais la réflexion suivante : si je vire à l'envers les deux syllabes du mot ser-pent, cela me donne le nouveau mot "pen-ser". Et si je calme mon "penser", j'adoucis alors ma peur et mon angoisse par le fait même."

Je ne crois certainement pas que la préoccupation de notre propre santé mentale soit une perte de temps. Angoisse, anxiété, perte de sens, sentiment de ne rien maitriser sont de toute vie. Si ces états envahissent continuellement notre esprit et sur une trop longue durée, la partie risque d'être difficile, voire tragique. Pour en venir à bout, on privilégie le coup de massue. La prise d'antidépresseurs ou d'anxiolytiques semble dorénavant la norme et je serais surpris de connaître le pourcentage de ceux et celles qui ne se droguent pas autour de nous. Car il s'agit bien de drogues, même si elles sont licites.

Je déplore que la maîtrise de notre "serpent à sornettes" intérieur soit rarement envisagée. Je crois que moins nous y faisons face pour le calmer et, qu'au contraire, plus nous cherchons à lui trancher la tête afin de l'annihiler complètement, plus il prend de la force et empoisonne avec son venin l'entièreté de notre vie.

Comme dans la mythologie grecque avec Hercule cherchant à tuer l'Hydre de Lerne.

Le monstre, rappelons-nous, possédait plusieurs têtes dont l'une immortelle. Et lorsqu'elles étaient tranchées ses têtes se régénéraient doublement.

Pas de quoi se réjouir.

À moins, peut-être, d'envisager l'utilité d'écouter nos rêves... et d'amadouer le "ser-pent".

1 octobre 2009

Complots tous azimuts

D’emblée je suis porté à croire que la réalité demeure, tout compte fait, plutôt prosaïque. Les faits bruts sont bruts. Terre-à-terre, net, fret, sec… Je ne dis pas sans intérêt. Je dis que la réalité matérielle marquée de millions de faits concrets garde une ampleur estampillée du sceau de la simplicité. Je suis bien conscient que mon impression n’explique pas tout. Je suis porté à croire, c’est tout.

Ce faisant, pensée, imagination et émotion prennent alors le relais pour renvoyer les choses à notre hauteur, si je peux dire. Et si ces facultés purement humaines macèrent dans le délire, la peur et l’absence de scrupule, faut-il alors s’étonner que la hauteur en question frise le ras la pâquerette ?

Il m’arrive même de penser que l’être humain préfère une croyance sans équivoque envers les pires calamités, les fins du monde juste là près de nous, plutôt que de supporter l’incertitude de l’avenir, plutôt que de supporter le doute et l’obligation de construire sans cesse notre vie ensemble sur terre.

D’où les complots, les conspirations, les rumeurs qui prolifèrent dans l’opinion publique et plus particulièrement sur Internet.

Ces jours-ci la pandémie de la grippe A (H1N1) stimule l’imaginaire débridé de bien des « connaisseurs » qui prévoient un génocide organisé par les compagnies pharmaceutiques pour s’en mettre plein les poches. Le tout chapeauté par nos gouvernements, il va de soi. Le vaccin proposé aurait même été contaminé ! Ce qui, bien sûr, va à l’encontre des compagnies en questions qui veulent vendre à plus de gens possibles, le plus longtemps possible. Un détail, faut croire… (Voir à ce sujet La Presse du 30 septembre p. A5 ainsi que « Les carnets de Yanick Villedieu » du 16 sept 2009 à Radio-Canada.ca)

Dans le rayon des complots bien torché, il ne faudrait surtout pas oublier ici celui du 11 septembre 2001. Tout a été dit. L’affaire réglée. Dans l’art de se tirer dans le pied, on ne peut faire mieux. Les Américains ainsi que la Juiverie internationale ont tout savamment orchestré afin de justifier des frappes préventives au M-O et y puiser son pétrole. That’s it, that’s all !

On a que faire des faits. Trop ternes. Trop simples. Trop vrais ? On veut du sang, des énigmes, des sociétés secrètes, des complots sophistiqués, des puissances occultes travaillant dans l’ombre. On confond roman d’horreur et réalité.

Avons-nous tellement besoin de voir des complots (ou des miracles, des apparitions,etc.) partout ? Pouvons-nous ainsi nous demander, à bon droit, ce qui manque tant à l’homme pour sauter si rapidement aux premières conclusions venues ? Question de paresse ou d’infantilisme ?

Personnellement, je crois que les vrais miracles passent toujours inaperçus. Et les vrais complots sont la plupart du temps rapidement démasqués. Je me pose finalement cette question impertinente à savoir, pourquoi cherche-t-on si ouvertement à imposer des réponses par la seule force de notre conviction ?

28 septembre 2009

Ce serait bête...

Que tout est calme tout à coup !
Le bruit a fini de casser la baraque
Et le silence a repris sa place.
Ce serait bête de sortir en ville...

Je m'assois dans le fauteuil
Près de la porte du salon
Et je prie alors
Que la nuit s'éternise à jamais.

Est-ce bien cela la paix ?
Un peu de repos,
Un simple arrêt
Et que rien ne bouge ?

Je pourrais entendre le vent
À mille lieues d'ici,
Et mon esprit faire le tour de la terre
Accompagné du silence.

Libre, je suis libre !
Mais une question demeure :
Puis-je seulement aimer la vie
Quand le jour apporte la tourmente ?

Ce serait bête d'aller en ville
Quand la douceur de la nuit
Laisse place enfin
À l'éloquence muette de l'âme.

25 septembre 2009

Ingrid Betancourt et l'humilité dans le changement


De passage à Québec, Ingrid Betancourt a livré un message important et quelque peu inattendu, de la part d'une politicienne, à propos de son expérience fort médiatisée d'otage maintenant libéré. Faut dire que sa détention de plus de six ans dans la jungle aux mains de la FARC est tout à fait singulière et mérite attention. Être privé de sa liberté et de sa dignité de façon arbitraire doit s'avérer un enfer à jamais souhaiter même à son pire ennemi...

Cependant, Mme Betancourt a été écorchée depuis sa libération et son image en a pris un coup. Et l'image pour une personnalité publique, c'est sacré. Pourtant...

"Je suis convaincu, a-t'elle dit, qu'il faut commencer par changer soi-même pour changer le monde. Et la première chose qu'il faut changer, c'est la dureté de notre coeur."

Elle rajoute ceci, à noter en fluo :"J'ai vu beaucoup de choses difficiles dans la jungle. J'ai vu la haine, l'égoïsme, l'envie, la couardise. Je ne l'ai pas vu chez les autres. JE L'AI VU EN MOI. J'ai vécu des situations extrêmes, donc j'ai eu la possibilité de me regarder intimement. Il y a des choses que je n'ai pas aimé en moi. Et que je ne nierai pas en plus." Le journal Le Soleil 24 septembre 2009

Sûrement la déclaration la plus révolutionnaire d'une personnalité publique.

23 septembre 2009

Le cerveau malléable

Parlons cerveau entre amis et c’est fou comme notre première idée sera d’abord d’émettre des commentaires sur sa grosseur ou sa petitesse. L’organe noble par excellence se laisse approcher non sans un certain embarras, car, après tout, n’est-il pas le siège de l’intelligence? Et évidemment nous aimons jouer de comparaison, douter de celle de l’autre, mais jamais de la sienne, il va de soi…

Les dernières recherches en neuroscience sont étonnantes. Étonnantes par leurs trouvailles, car ils remettent en question certaines théories qui avaient, somme toute, valeur de dogmes. Une de celles-ci était que le cerveau comporte telles fonctions situées à tel endroit et pas ailleurs. Une autre, encore plus largement admise, stipulait que nos neurones disparaissent en quantité industrielle en vieillissant et qu’ils ne sont jamais remplacés. Perdus pour toujours, ils entraînent une diminution irréversible de nos facultés intellectuelles sans qu’il soit possible d’y remédier.

Mais voilà qu’il serait dorénavant permis d’en douter. Et si vous doutez de ce doute, je vous propose la lecture de quelques livres qui nous parlent de « neuroplasticité » du cerveau. Ce dernier serait beaucoup plus malléable qu’on le croit. Il peut changer et se transformer par lui-même. Il serait capable de se réparer et compenser certaines déficiences. Finalement, il pourrait s’améliorer même en vieillissant.

Donc suggestions : Voyage au-delà de mon cerveau du Dr Jill Bolte Taylor, Ed. JC Lattès. Cette femme est neuroanatomiste et a elle-même subi un accident vasculaire cérébral. Elle raconte son expérience de guérison ainsi que son étonnement face aux possibilités ahurissantes du cerveau droit.

Je propose ensuite le livre de Norman Doidge, psychiatre et psychanalyste, Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau. Ed. Belfond. Dans la préface de ce livre, voici ce que dit Michel Cymes, médecin spécialiste français : « La neuroplasticité offre également de l’espoir à tous ceux qui veulent changer leurs mauvaises habitudes. Car concrètement, ces changements de connexions veulent dire que le cerveau est capable de désapprendre ce qu’il a “imprimé ” et mis en place. Le cerveau répond à un principe, “use it or lose it” — et c’est une découverte récente. Cela signifie qu’un réseau de neurones qui n’est plus utilisé est perdu. Autrement dit, si on sollicite davantage d’émotions positives, celles-ci vont peu à peu remplacer les sentiments négatifs, qui tendront à disparaître. Par exemple, plus on s’efforce de ne pas être de mauvaise humeur le matin en se levant, moins on le sera. »

Intéressant, non?

22 septembre 2009

Lettre à un jeune intellectuel (de gauche, il va sans dire)

Je t'avoue que je ne suis pas à l'aise de t'écrire. Je le fais malgré tout, sachant bien qu'un grand souffle inquisiteur se pointe déjà sur ces quelques lignes et que tu te raidis d'emblée à la venue de ce qui pourtant ne se veut que propos inoffensifs et sans méchanceté. Loin de moi de prétendre aussi te convertir à quelque approche que ce soit et je t'écris, espérons-le, avec assez de doigté pour que tu me lises jusqu'à la fin.

Je te sais inflexible, car tu ne doute pas de la justesse de ta vision des choses. Tu veux le bien pour tous. Tu veux l'égalité, la solidarité, le partage, la justice, la paix et qu'il fasse bon vivre enfin sur cette terre que nous foulons ensemble. Comment s'opposer à cet étalage de vertus et de souhaits rempli à ras bord de bonnes intentions? J'ose dire, comment s'opposer au paradis? C'est une vision des choses idéale, impeccable, sans faille, il faut l'avouer...

Me tromperais-je si j'affirme toutefois que tu vis seulement dans l'espérance? Et que plus le temps avance plus tu deviens impatient et tu exiges, et par conséquent plus tu deviens inflexible aussi, car tu constates avec moi que ton idéal est bafoué constamment. Je sais que tu sens une absence de contrôle, je sais que tu te sens impuissant. Je sais que tu rêves d'un pouvoir qui te permettrait enfin d'imposer ta volonté.

Tu n'oses le penser, encore moins le dire, mais je sais que tu aimerais dicter ta loi. Tu rêves, à tout le moins, que tout le monde pense un jour comme toi, que tout irait tellement mieux si tout le monde pensait comme toi.

Donc tu espères. Car la violence ne t'habite pas nécessairement. Peut-être espères-tu, à tout le moins, une sorte de révolution (tranquille?); ou encore un Deus ex machina qui viendrait mettre de l'ordre dans un bordel qui te fait tant horreur?

Le monde t'offense. Les inégalités t'offensent et tu t'indignes d'autant plus que tu as l'impression que personne ne te prend au sérieux. Tu vois des gens vaquer à leurs occupations et tu t'offusques au fait qu'ils ne pensent qu'à eux. Tu les traites d'individualistes, d'inconscients et tu finis par les mépriser, car tu crois qu'ils vont obligatoirement vers un mur sur lequel ils se fracasseront un jour, faute de l'avoir envisagé. Tu appréhendes donc une série de catastrophes. Tu vois des complots partout, et tu as envie de jouer au prophète de malheur, car personne ne t'écoute. Savais-tu que dans certaines sectes religieuses on pense exactement comme toi? Ils prédisent la fin du monde, car Dieu, selon leur dire, est offensé par le comportement des hommes. La terre ne peut plus continuer à tourner ainsi, car le mal est trop présent. On efface donc tout et seuls les "justes" seront récompensés au paradis, dans un autre monde. Plus terre-à-terre, toi tu affirmes : on efface tout et seuls les justes seront récompensés ici même en ce bas monde, dans ce nouveau paradis à venir.

Je ne doute pas du constat que tu fais. Ce monde est imparfait, plein d'incohérences, d'erreurs monumentales, de bigoteries, d'inégalités, d'injustices, de violence, de brutalité, d'insécurité, de haine. C'est ainsi depuis le tout commencement, en tout cas depuis que nous connaissons l'histoire du périple du genre humain. Et rien ne semble avoir changé... Si ça se trouve, nous devons même avouer que notre monde devient plus dur de jour en jour. Malgré tout le travail que nous y avons mis, malgré des religions millénaires et des sauveurs en qui nous croyons encore, malgré ces idéologies prometteuses et tous les systèmes politiques et économiques que nous avons inventés pour réguler le monde, nous affirmons toujours, avec raison, que tout va mal.

Je sais que tu ne me prendras jamais au sérieux et je sais que jamais tu ne me croiras. Peu importe. Je te dis quand même ce que j'en pense : le monde est ainsi fait, copie conforme de cette nature qui nous entoure. Nous devons l'accepter, faute de quoi notre manque de sagesse ne fera que l'empirer. Plus nous essayons d'apposer notre raison, promouvoir des idéologies, construire des structures en béton sur ce qui nous entoure, incluant le genre humain, plus nous créons le chaos.

Je sais aussi que ma déclaration suivante sera intolérable. Tu ne réussiras jamais à changer le monde en réagissant émotionnellement, avec colère, impatience et sans prendre du recul. Je rajouterai même que si tu persistes tu feras parti du problème sans le savoir, inconscient du malheur produit autour de toi. Pour quelqu'un qui se targue d'être conscientisé, avoue que cette dernière remarque constitue une gifle en plein visage!

Je comprends et accepte ta colère en me lisant. Je ne t'oblige pas à me croire et si tu m'envoies promener, je vais comprendre aussi. Sois certain, toutefois, que je n'essaie pas de jouer au plus fin avec toi. Je n'essaie pas de te convaincre. Sache surtout que je ne désire pas que tu baisses les bras. J'aimerais juste que tu considères que la partie n'est pas perdue si au moins tu donnes l'exemple sans chercher à changer la conscience des gens qui t'entourent.

Je voudrais juste que tu espères moins, mais que tu aimes plus.

L'amour ne se conjugue qu'au présent, là même où tu peux vraiment apporter quelque chose à la vie. L'espérance ne participe qu'à un futur hypothétique. Sois détaché du résultat. Tu ne réussiras jamais à sauver le monde.

S'il-te-plait, ne te crois pas un dieu!


À fleur d'eau



18 septembre 2009

La Trame

Je parle de la singulière barbarie des hommes pour ne pas oublier, par contraste, leur étonnante compassion quand les situations l'exigent.

Je parle de haine et de bêtise inqualifiables pour me libérer d'une souffrance qui me tenaille lorsque je vois avec quelle intelligence et quelle volonté nous participons à nous détruire et nous éliminer. Je n'y peux rien et cette douleur n'a de cesse de me vriller le coeur. J'aimerais alors embrasser d'un seul élan l'ensemble de ceux qui souffrent et leur dire avec la même ardeur que, même si elle demeure intolérable, leur situation ne peut durer éternellement (tout ce qui survient doit un jour disparaître), qu'il faut garder courage et, si possible, en trouver un sens.

Je songe aussi à ces quelques lignes de Rilke, que j'avais un jour notées soigneusement, tirées des Sonnets à Orphée :

Fil de soie tu entras dans la Trame.
Quel que soit l'image à laquelle intérieurement
tu es uni
(que ce soit même à un moment pris dans une vie
de tourment),
sens que c'est le tapis entier, le tapis glorieux,
qui est en jeu.


17 septembre 2009

Écrire et voir

"Écrire et voir, c'est pareil, et pour voir il faut la lumière. Le paradoxe, c'est qu'on peut trouver la lumière dans le noir de l'encre. C'est comme de la nuit sur la page, et c'est pourtant là-dedans qu'on voit clair."

Christian Bobin (La lumière du monde, p 24, Gallimard 2001)